lundi 18 octobre 2010

Sheraton Serrekunda

Quand on nous a dit qu'il fallait retourner en Gambie, j'ai hésité entre le Kairaba et le Sheraton. Et puis le Sheraton avait ces quelques photos sur leur site:


Partant, comment pouvait-on être déçus? Eh bien si, on l'a été, un peu. C'est toujours le problème quand les attentes créées sont élevées.

Le Serrateen, comme on dit dans le pidgin local, se révèle super excentré, genre 40 minutes de Banjul. La bouffe est prévue pour le contingent principal de touristes, à savoir des Anglais qui pensent que le poisson frit, le porridge et le pain mou sont des aliments.

Ma chambre est très correcte si on fait l'impasse sur la télé qui ne marche pas et la grenouille dans les wécés, mais l'Oncle Bens, en arrivant dans la sienne, se voit souhaiter la bienvenue par Bernard le Cafard. Ses murs (l'Oncle Bens n'a décidément pas de chance), ont des traces d'humidité du sol au plafond (bonus: odeur de moisi renfermé!). Il va donc aller pleurer à la réception pour qu'on le déplace. Et là, miracle: il tombe sur la cuisinière qui passait par là. Elle est sénégalaise. Elle compatit.

Elle va nous préparer un thiéboudiène.

Honnêtement, je n'ai pas vraiment de souvenir du thieb (qu'on appelle d'ailleurs benechin ici). Bon poisson, riz un peu trop mouillé d'après l'Oncle. Mais pouvoir savourer un plat maison quand les hordes saxonnes baffrent au buffet où le frit le dispute au bouilli, c'est le grand luxe.

Sheraton Serrekunda
Brufut Heights, AU Highway
PO Box 3311 Serrekunda
Gambie
Téléphone: (+220) 4410889
www.starwoodhotels.com

vendredi 15 octobre 2010

Divine surprise

"Da ministe' wanna talk wiv yo'"

On me tend un téléphone, une voix au bout de la ligne qui grésille baragouine ce que j'espère être une approbation. La communication est mauvaise, essentiellement parce que depuis 45 minutes qu'on est ici, je comprends à peine 20% du créole que les Gambiens s'évertuent à appeler anglais. Je ponctue de quelques "yessir, thankyouSir" aux moments que j'imagine opportuns, et après quelques secondes je rends le combiné à son propriétaire. On dirait que le rendez-vous à l'air de bien se passer, mais je demanderai quand même son avis à l'Oncle Bens dès qu'on sera sortis.

En attendant, je comprends plus ou moins que le gars en face est bien d'accord avec nous, qu'effectivement on devrait pouvoir trouver un accord, bla bla bla. Ca me rappelle un peu trop un épisode similaire il y a quelques semaines pour que je ne sois pas méfiant. Et bingo, ça ne manque pas, le gars finit par nous demander des sous... pas pour lui mais pour de véritables programmes de développement!

J'adore la Gambie. Les gens ne sont pas terriblement efficaces, mais purée qu'est-ce qu'ils sont sympas. Toujours le sourire, super contact. Les taxis demandent systématiquement de boucler la ceinture, et il n'y a presque pas besoin de négocier les prix (quoique ce dernier point doit probablement beaucoup au fait que l'Oncle Bens et moi attaquions directement la négociation en wolof).

Chaque dernier samedi du mois, en Gambie, la circulation est interdite dans tout le pays jusqu'à midi de manière à ce que chacun puisse s'adonner au cleaning day. Et ça marche: les rues de la ville sont relativement libres de déchets (surtout comparées à Dakar), les plages sont carrément impeccables.

On reste quand même loin du pays de cocagne, hein: il n'y a presque rien à voir ou à faire à part profiter de la plage, les prix et salaires sont ridiculement bas, le président a apparemment une fâcheuse tendance restée de son époque pré-démocratique (il a gagné les élections organisées après son coup d'état) à mettre les proches devenus trop proches en prison. Mais franchement, rien que sa population en fait un trésor caché de l'Afrique de l'Ouest.

jeudi 14 octobre 2010

Voyages voyages

Coup de fil hier après-midi d'un contact en Gambie: on a un rencart au gouvernement possible samedi matin (les gens travaillent jusqu'au samedi midi, là-bas). Deng Xiaoping reste ici, l'Oncle Bens et moi partons en binôme. Problème: le seul vol aller est aujourd'hui à 16h, et le retour pas avant dimanche. Quatre jours à zoner au Sheraton pour avoir droit à une heure d'entrevue où le gars nous dira à la fin "c'est très bien votre truc, mais on n'a pas le budget".

J'avais un rencart vendredi, une virée à Saint Louis prévue pour le week-end. Tout passe à la trappe, et ça ne me dérange pas plus que ça. Le costume et le maillot de bain sont dans la valise depuis 7h ce matin, j'ai la niaque.

Je me rends officiellement compte que j'aime l'idée que toutes mes possessions tiennent dans un sac à dos ou une valise de 40x60x20cm. Je ne me fais toujours pas à l'idée que ce passeport plein d'encres multicolores, c'est le mien.

J'ai traversé 12 pays sur les 10 derniers mois. C'est plutôt pas mal.

mercredi 13 octobre 2010

Et après?

La visite des Grosses Légumes s'est bien passée. Ils ont aimé les présentations, ils ont compris qu'il ne fallait pas couper notre budget. Le bonus, c'est qu'ils ont également eu droit aux délestages électriques (quatre coupures pour la seule matinée, merci la Senelec) et, super bonus, aux coupures d'eau (avec VP coincé dans les toilettes, du savon sur les mains mais rien pour rincer) en parallèle d'une dernière bonne grosse pluie qui a ruiné la moitié des routes du quartier.

Ils voulaient du Sénégal, ils en ont eu.

Et puis le soir il a fallu amener Christine Boutin à l'aéroport , la n+2 qui m'a lancé dans toute cette aventure. Gentleman (et le seul avec une voiture), je m'en charge. On a parlé de tout et rien pendant ces deux jours, et c'est là, à 500m de la porte de départs qu'elle me dit:

-"Et après décembre, tu veux faire quoi?"

Marde. Je pensais qu'après l'appel de Pat Robertson, c'était plié et je devais rentrer. Je m'essaie à la réponse diplomatique:

-"J'avais cru comprendre que Pat Robertson était impatient de me revoir.
- Oui, il nous l'a dit. Mais le Très-Haut et moi pensons que tu devrais approndir l'expérience.
- Ce que je veux faire, ça dépend aussi de la place disponible.
- La place, ça se crée."

Et puis on est arrivés au parking, quelqu'un l'a prise en charge et elle est partie. Comme ça.

A vue de nez, j'ai jusqu'en novembre pour me décider.

mardi 12 octobre 2010

Yom Kippour

J'avoue qu'il n'y a pas de quoi être tendre avec Le Citron. Mélange d'égoïsme, d'incompétence et de fainéantise (avec une dose de je-pète-plus-haut-que-mon-cul), Le Citron est à ma connaissance la seule personne envers qui l'Oncle Bens éprouve un mépris certain et continu (bon, il y a aussi le président Wade et son fils, mais au moins on ne partage notre bureau avec).

Bref, si Le Citron n'est pas assez cité sur ces pages, c'est parce qu'elle fout tellement rien qu'on ne la voit pas assez pour relever ses conneries.

Sauf que, aujourd'hui, elle nous a invités pour manger un thiéboudiène. Autant dire que tous ses pêchés sont pardonnés, et elle s'est même ouvert une ligne de crédit pour quelques semaines.

Le truc est énorme, nous sommes six mais il y en a pour douze, et couleur locale oblige il est servi au bol, c'est à dire qu'on pose une grande nappe à terre et tout le monde se sert en commun. Il y a tout ce qu'il faut, comme il faut, et c'est bon.

Impossible de retourner travailler après ça, mais je m'en fous. Je suis heureux.

lundi 11 octobre 2010

Le village Potemkine

Branle-bas de combat: les Grosses Légumes débarquent, il faut donc faire bonne impression - sortez les cravates.

On a bossé toute la semaine sur la présentation qui sera donnée ce matin par Deng Xiaoping. Toute la semaine, dimanche inclus. Ce qui signifie également qu'on a pratiquement rien fait d'autre qui viserait à accomplir le boulot pour lequel on est réellement payés: voyages repoussés, journées passées à faire, refaire et relire nos powerpoints. La consigne du Bouledogue, qui étant le patron de l'antenne est stressé pour cinq, est d'ajouter quelques graphiques pour montrer combien c'est compliqué, l'Afrique, et à combien de personnes on doit serrer la main avant que quoi que ce soit ne se mette en branle dans un pays lambda. Il a intérêt à montrer que c'est dur, effectivement, vu que 15% de l'effectif a démissionné depuis qu'il est arrivé il y a 9 mois et que ses résultats sont pour l'instant passablement médiocres.

Mais bon, ça c'est presque normal, après tout si on a un Président qui débarque pour être informé, autant l'informer (et oui, pour faire bouger un truc dans la région c'est la croix et la bannière). Même si sortir le costume-cravate quand il fait 33°C, c'est dur.

Là où je deviens plus dubitatif, c'est quand on commence à jouer au village Potemkine:
  • Par exemple en avançant le déménagement de certains bureaux de deux semaines, histoire de montrer que nos nouveaux locaux sont "pratiquement opérationnels" (en dépit des six mois de retard dus aux multiples inondations);
  • Par exemple en sponsorisant les promos dans tous les magasins du quartier que la Grosse Légume va visiter, histoire de lui montrer que ce qu'on fait soulève l'enthousiasme des foules (attention, la promo ne dure que deux heures, le temps que machin arrive et reparte!);
  • Par exemple enfin en tenant les présentations au Radisson plutôt que dans nos vieilles salles décrépites (celles du nouveau bâtiment ne sont pas prêtes).
Bref tout va bien, tout le monde il est beau, Chef. Plus beau que d'habitude, en tout cas.

samedi 9 octobre 2010

Ngor Surfeur

Samedi matin, surf. Oh yeah. De la bonne houle, marée montante, la plage de Virage et que du bonheur, même si j'ai dû attraper deux vagues en autant d'heures.

Et comme quand on était petits, après la piscine on a faim. Ca tombe bien parce que le samedi, au Ngor surfeur, c'est thiéboudiène.

L'emplacement est vraiment parfait. Trois petits restos côte-à-côte dans le seul coin encore vide des Almadies. Une plage sympa, orientée plein ouest (pour les couchers de soleil au bar à tapas d'à côté c'est très bien). Service rapide, mais c'est vrai qu'à part la mascotte locale, on est les seuls.

Plus important, le thieb est bon. Vraiment bon. Le manioc est un peu dur, mais c'est normal en cette saison, et on s'en fout parce que tout le reste y est (à part du tamarin, dommage). On aurait aussi aimé plus de poisson mais honnêtement, question goût, c'est que du bonheur.

Ngor surfeur
Corniche des Almadies, côté opposé au Méridien
Tel: 338207883 / 77 647 51 62
http://www.ngorsurfeur.com/
Ouvert 7/7

vendredi 8 octobre 2010

Rappelle-toi d'où tu viens

J'ai eu ce matin un étrange appel du QG. Pat Robertson, le n+2 de mon ancienne vie (en tout cas celle que j'ai quittée en mai dernier) m'a appelé pour me dire tout le bien qu'il pensait de moi. Et me demander quand je comptais rentrer.

Je n'ai plus vraiment les détails de la conversation en tête, mais l'impression générale était qu'il cherchait ses mots (pour un mec avec une formation d'avocat, c'est fort) et, surtout, qu'il était vraiment demandeur. On ne s'est pratiquement pas parlés depuis 5 mois, on n'a pas eu l'occasion de bosser ensemble depuis que je suis descendu à Dakar, et tout d'un coup il m'appelle pour me dire que j'ai vraiment progressé, que je suis un élément-clef de son groupe, et qu'il se réjouit que je rentre en janvier. Il a même, m'assure-t-il, parlé au Très-Haut pour lui dire tout le bien qu'il pensait de moi.

J'ai donc fait la seule chose raisonnable dans ce genre de situation: j'ai dit merci et j'ai demandé une augmentation.

N'empêche que c'est bizarre. Deux heures plus tard, je suis inclus dans un email de félicitations pour mon ancien/futur groupe qui vient de terminer un monstre projet, projet qui au moment de mon départ venait à peine de débuter. On me crédite donc en toute connaissance de cause pour du boulot que je n'ai pas fait (mon nom est aussi sur le document de couverture, en dernière position certes, mais quand-même). Pat Robertson a également insisté pour que je vienne au team-building qui se tiendra courant décembre dans je ne sais quel palace européen.

J'y ai réfléchi un bon moment, et la seule conclusion rationnelle que j'aie pu trouver est la suivante: des coupes arrivent, notamment au niveau des consultants (c'est un consultant qui m'a remplacé). Ca veut dire que si je ne reviens pas, Pat Robertson se retrouve avec un poste vide qui ne peut être comblé, et que ça l'emmerde.

L'autre explication c'est évidemment que je suis le génie qui fait que sans moi, tout le QG semble dépeuplé. Bizarrement, j'ai du mal à le croire.

Le plat du jour

Oncle Bens et moi avons la dalle, et pas qu'un peu. Sortis de meeting avec Deng Xiaoping à14h, nous décidons que la seule source d'énergie décente pour le corps et l'esprit, en ce vendredi, est un bon thiéboudiène.

Nous avons donc appelé tous les restos listés dans un rayon de 5 km pour connaître leur plat du jour.

Le huitième est le bon: le Sunugal, nous dit son cuisinier, a trois portions de rab'. Ca tombe bien, à nous deux nous sommes affamés pour trois! Je leur demande de préparer un  truc qu'on puisse emporter et hop, je fonce, je récupère la gamelle en alu qu'ils m'ont préparée, et je rentre pronto au bercail pour savourer la Bête devant notre chantier powerpoint.

C'est à partir de là là que les versions divergent: pour l'Oncle Bens, on m'a clairement servi un thieb de toubab. C'est vrai qu'à 7'000 CFA la portion, il y a largement de quoi froncer le sourcil. Il est également déçu par le riz, un peu mou il est vrai (et les légumes variés mais limite trop cuits). Par contre la quantité est là, et le poisson est bon, ce qui sauve l'essentiel. On lui attribue, au final et après moult négociations, un assez strict 6/10 - essentiellement pour le remercier d'avoir été là dans un moment de détresse.

Au final: j'ai vu, j'ai goutu, mais je ne pense pas que je reviendru.

Le Sunugal
Route de Ngor (derrière le Casino du Cap Vert)
Tél. : 33 820 0330
Ouvert 7/7

mercredi 6 octobre 2010

Mbarane

Mon nouveau copain Joachim m'informe doctement que la poule de luxe, à Dakar, coûte 50'000 CFA (75€), mais que si l'on négocie on peut facilement descendre à 10'000. Mais attention, me dit-il, lui n'a jamais eu besoin de payer.

Par contre, c'est vrai qu'il y a des arrangements.

La première semaine et gratuite - on apprend à se connaître. Puis, quand la relation se formalise un tant soit peu, il est normal (et attendu) que la femme soit entretenue. On paiera donc pour une robe, le coiffeur, quelques courses ou du mobilier. Joachim, qui semble avoir une certaine expérience (voire une expérience certaine, vu le nombre d'appels reçus dès qu'il a remis les pieds en ville), me confirme que cela touche toutes catégories, de la péripatéticienne à l'universitaire, de la fonctionnaire à la collègue de bureau. Le prix varie non pas tant en fonction des catégories socio-professionnelles que des personnes. Une étudiante sera plus ou moins chère que sa prof, elle-même pouvant être plus ou moins chère à entretenir qu'une des bombasses du casino du Cap Vert.

Autre particularité locale: la coexistence pacifique de plusieurs râteliers. Un homme pour les sentiments, et deux ou trois pour les cadeaux. Il existe même un mot en wolof pour cela: c'est le mbarane.

mardi 5 octobre 2010

Le bateau tangue

Deng Xiaoping est HS pour la semaine, au lit avec une crise de palu. Côté jardin, les délestages électriques sont devenus si fréquents qu'on a passé la semaine avec des émeutes dans tout le pays - on arrête du coup d'approvisionner les usines pour accommoder les populations, les groupes électrogènes sont poussés à bout et commencent à rendre l'âme à leur tour.

Le fils du Président a été nommé ministre de l'énergie (en plus de ses trois autres ministères).

A part ça tout va bien, la saison des pluies semble terminée.

lundi 4 octobre 2010

L'Afrique

Ah, l'Afrique. Ses grands espaces, ses enfants souriants, ses femmes lascives et offertes, ses hommes musclés, avec le sens du rythme et du football. Et puis ses lions, zèbres et zébus. L'Afrique, en tout cas si je regarde la déco du salon de quelques personnes que j'ai connues, est un idéal romantique. Exploitée et vampirisée par le Blanc voire, depuis peu, le Chinois, il suffirait qu'on La libère de ses chaînes pour que L'Afrique prenne son envol. On ne compte d'ailleurs pas les chansons ou slogans qui rêvent d'Afrique - à commencer chez les Africains.

Foutaises.

L'UEMOA, l'Union des États francophones ouest-africains, doit sous peu intégrer la CEDEAO, communauté qui regroupe toute la sous-région (francophones et anglophones, + les portugants de Bissau et du Cap-Vert). On tient donc des réunions de travail très sérieuses pour harmoniser institutions et directives, taux de taxation et je ne sais quoi.

Les Libériens et Sierra Leonais, qui sortent de leurs guerres civiles respectives, ont besoin d'argent et imposent un tarif douanier à l'intérieur d'une zone de libre-échange. Les Nigérians sont d'accord avec toutes les propositions, du moment qu'il s'agit de leurs propositions. La plupart des réunions de travail finissent par être suspendues parce qu'elles tournent au concours de noms d'oiseaux entre francophones et anglophones, entre tout le monde et les Nigérians.

Les exemples se comptent par centaines, qu'il s'agisse des francs CFA d'Afrique de l'Ouest qui ne sont pas convertibles en CFA d'Afrique centrale, des présidents qui financent la rébellion du voisin ou, plus près de la population, du vote ethnique qui fait qu'on repousse sans cesse les élections en Côte d'Ivoire ou en Guinée: un Malinké ne votera pas pour un Peulh, point barre.

J'ai lu un excellent bouquin de Ryszard Kapuściński intitulé Ébène: il y explique que la colonisation a trouvé 10'000 royaumes et les a regroupés en 53 pays en moins de 150 ans. Vouloir ajouter une nouvelle couche d'unité, c'est aller un peu vite en besogne.

Un consultant avec qui je discutais a été beaucoup plus direct: si quelqu'un parle de l'Afrique au singulier, comme d'une seule entité, c'est probablement qu'il n'y a jamais vraiment foutu les pieds.

samedi 2 octobre 2010

Le nègre

Le QG a une idée géniale: on va faire une campagne de presse pour sensibiliser les gens à nos problèmes de toubabs.

Rappel sommaire et plein de clichés vrais: la presse africaine, pour ce que j'ai vu, n'est pas de la meilleure qualité. Au Sénégal par exemple on trouve difficilement une édition qui ne parle en première page et Grosses Lettres d'un énième scandale de sexe ou corruption, ou de catastrophes naturelles - le tout enveloppé dans du chien écrasé. Le dernier canard béninois que j'ai feuilleté parlait de résurrection des morts en première page (le Bénin est la patrie du vaudou). Une technique bien rodée consiste aussi à sortir 2-3 papiers incendiaires et demander une "participation" au sujet (ONG, entrerprise, agence internationale ou personnalité publique) pour publier un rectificatif.

Voila pour le contexte. Une presse de mauvaise qualité, qui fait son fond de commerce sur l'émotionnel et tire à boulets rouges sur tout ce qui est blanc et refuse de payer. Autant dire que jusqu'à présent moins on les voyait, mieux on se portait. Le Citron, qui gère la Communication, n'a d'ailleurs jamais parlé à un journaliste de sa vie: mieux vaut se faire accuser d'avoir tué Kennedy une fois tous les trois mois et ne rien dire, que mettre les doigts dans un engrenage pour lequel on n'aura jamais assez de budget et d'avocats.

Mais le QG insiste, la-campagne-sera-mondiale-c-est-important, ça devient difficile de dire qu'on va rester les bras croisés plutôt que d'encourager quelqu'un à comprendre la moitié de ce qu'on lui explique et nous demander des sous pour cela. Deng Xiaoping et l'Oncle Bens décrochent donc leur téléphone pour appeler des copains journalistes et leur demander de placer des articles pour eux. Pas de problème, ici on peut faire beaucoup de choses (tout, en fait) pour un ami.

Et c'est comme cela que je suis devenu nègre. J'ai écrit un article, décliné l'objet en trois-quatre variations pas totalement identiques, et ils sont expédiés pronto aux amis susmentionnés. J'avoue être presque flatté du commentaire de l'un de nos contacts: "Présente très bien le sort des paysans africains, prêt à l'emploi" (je suis d'avis qu'il faut toujours placer un paysan africain quelque part). 48h plus tard et ma prose apparaît quasi-inchangée dans six journaux de quatre pays différents.

Je m'appelle donc Ould, François, Haoua, et La Rédaction.

Deng ne veut cependant pas que le QG découvre combien c'était facile, ils pourraient revenir à la charge pour nous en demander plus (et on garde peu d'amis si on doit leur demander un service toutes les 2-3 semaines). Il s'est donc arrangé pour que d'autres contacts sur place lui envoient un amical email du genre "Je lisais innocemment la presse ce matin quand je suis tombé sur cet article qui pourrait t'intéresser." On les distillera au cours des prochains jours.

vendredi 1 octobre 2010

Fun fact of the day

Tout le monde sait que Khadafi ne reste jamais vraiment chez ses hôtes, mais plante plutôt sa tente dans leur jardin. Les Mauritaniens ont apparemment refusé en 1988, et il n'y est plus retourné pendant vingt ans.

Le truc que je ne savais pas, c'est que quand il rend visite à quelqu'un, le Roi des Rois fait venir son personnel (normal) et ses voitures blindées (ce qui se défend), mais aussi sa nourriture. C'est ainsi que pendant le dîner de gala donné pour le cinquantenaire de l'indépendance malienne, on me rapporte qu'il se faisait servir à part des assiettes apportées par ses gens et couvertes d'un papier alu.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est un invité qui ne coûte pas cher.

jeudi 30 septembre 2010

Soirée tranquille

Or doncques, hier c'était relâche, nos rendez-vous étant tous repoussés. Oncle Bens et moi avons dîné dans un restau ivoirien où tout le personnel prétendait être malien (les étrangers qui volent le travail des locaux sont mal vus), puis nous sommes passés dans un bar rempli d'Américains: le chef du renseignement pour la région Mali chantait au karaoké en compagnie de marines, une star de la chanson libanaise (ça doit être vrai, il ressemblait à un proxénète) était aussi présente, et on m'a bien confirmé que les serveuses étaient des putes ukrainiennes (apparemment ici c'est exotique).

Après cela nous sommes allés en boîte siffler deux bouteilles de Chivas à six personnes, et un gars qui possède la moitié de l'industrie locale a entrepris de m'expliquer le fonctionnement des principaux circuits de contrebande. Très intéressant.

Il nous a ensuite très gentiment ramenés à l'hotel dans son 4x4 qui fait du 18,3 litres au 100km, et quand des policiers ont essayé de nous arrêter à un barrage pour, selon lui, nous racketter, il a sorti son Beretta et me l'a mis sur les genoux pour, a-t-il expliqué, montrer que ce sont les autres qui s'arrêtent (les policiers comprenant à la vue de l'engin que nous sommes des Personnes Importantes).

A part ça, rien de spécial.

Jamais si bien servi que par soi-même

Le Mali va, pour son cinquantième anniversaire d'indépendance célébré la semaine passée, bientôt transférer tous ses ministres et ministères dans une toute nouvelle "cité administrative". Les bâtiments sont assez chouettes, pas trop mal placés, et surtout ils sont cadeaux: c'est le leader éclairé de la Libye qui régale.

Du coup, pourquoi se priver, le quartier où travaillera le gouvernement malien s'appellera "Cité administrative Mohammar el-Khadafi" - on n'est jamais si bien servi que par soi-même.

Je sais tout cela parce que mon hôtel, en fait, est situé juste en face. C'est un hotel libyen, cette fois de la chaîne Azadi - tous les hotels de la ville sont libyens, d'ailleurs. Je ne me suis pas encore risqué à gouter la nourriture locale - Oncle Bens et moi préférons voir dehors si nous y sommes: il n'avait hier soir pas d'électricité dans sa chambre, et moi pas de serviettes (c'est pourtant un cinq étoiles).

D'après ce que l'on nous a expliqué, les Libyens investissent l'argent qu'ils ont visiblement en trop pour avoir un levier politique, mais ne font que le minimum pour assurer l'assise, les bénéfices étant générés ailleurs: le dividende, dans le cas présent, c'est que désormais plusieurs milliers d'hectares de terres arables de la vallée du Niger sont la propriété de la République arabe socialiste.

lundi 27 septembre 2010

Excuse béton

Le Citron nous fait ces temps une crise de flemmingite aiguë. Dernière arrivée, première partie, deux semaines pour rendre un powerpoint de trois pages où sont jetées quatre malheureuses idées - j'en connais une qui se donne à fond pour son boulot. J'en ai même tiré un théorème essentiel: plus la réponse à une question fermée (i.e. "oui/non") est longue et compliquée, moins le travail a de chance d'avoir été effectué.

A sa décharge, il faut bien dire qu'elle gère un tout petit truc et qu'on n'a pas trop le temps de s'occuper d'elle. D'un autre côté, vu son grade elle est censé savoir s'occuper toute seule. Bref.

Vendredi son fils était malade, elle n'a donc pas pu venir travailler (je précise: elle emploie une nounou). Ce matin, c'est la voiture qui ne voulait pas démarrer. Elle nous a donc appelé pour nous en informer, et préciser qu'elle passerait au bureau après être allée chez le coiffeur.

La question qu'on n'a pas osé poser, sachant que ledit coiffeur est à 100m du bureau, c'est comment elle comptait y aller.

mercredi 22 septembre 2010

Le père Noël a trois mois d'avance

"On m'a demandé de vous faire savoir que désormais nous arrêterions de payer des membres du gouvernement".

Quand le Françafricain nous a dit ça, on n'a pas répondu. En fait, on n'a même pas cru ce qu'on avait entendu - il a fallu un meeting après le meeting pour s'assurer que tous ceux présents avaient bien compris la même chose.

Visiblement il y a eu du ménage à Paris et les secousses se font sentir jusqu'ici. Le nouveau chef n'est pas commode et, surtout, n'aime pas jouer avec le feu.

Bon, on ne sait pas si ça va durer, mais on ne va pas bouder notre plaisir. Par contre, je me demande comment les gars qu'il avait l'habitude d'arroser vont réagir.

lundi 20 septembre 2010

Laico

Un portrait du leader de la Révolution arabe socialiste (ou un truc dans le genre) trône dans l'entrée, derrière le bureau d'accueil. L'hotel paraît assez classe avec son grand hall de marbre, les capitaux sont libyens.

Le service est lent. Au petit-déjeuner, les vingt tables ne sont que difficilement débarassées par la demi-douzaine d'employés - et ce n'est pas comme s'il y avait affluence de clients qui, de toute façon, se servent eux-mêmes au buffet. Il faut lancer une fusée de détresse pour attirer l'attention d'un serveur et avoir du café. Certains services ont des cuillers, aucun n'a de serviette. Autant dire que j'ai eu de meilleurs propositions dans des auberges de jeunesse (qui elles, pour le coup, étaient bien au-dessus de la moyenne) pour un prix bien inférieur.

Après deux jours à Ouaga, j'ai gouté les classiques: pintade et agouti. Alors qu'on zone à midi dans le restau de l'hotel, un élément de la carte me fait hausser le sourcil et me met l'eau à la bouche:

Ils servent du Thiéboudiène.

Bon, ok, qu'espérer comme plat de poisson dans un pays enclavé, et qui plus est dans cet hotel-ci? Je n'en sais fichtre rien. Mais je sais que je n'ai pas eu de thieb depuis un bail, et que j'ai faim. Ni une ni deux, je commande.

Je ne suis pas déçu. Mais je ne suis pas ravi. Peu de légumes, poisson plein d'arrêtes, riz bon. Bref, c'est moyen sans plus, un peu comme manger exotique un peu partout dans le monde: ça ressemble à l'original, mais cela en reste loin.

Et en plus, Garçon, il y a un boulon dans ma tasse à sucre.

Hotel Laico Ouaga 2000
Ouagadougou, Burkina Faso
http://www.laicohotels.com

Sagesse africaine

Quand Deng-Xiaoping a commencé à m'énoncer que "Celui qui a la diarrhée ne choisit pas son pot" pour m'expliquer que le QG devrait arrêter de faire le difficile sur les interlocuteurs qu'on lui trouve et qui ne sont pas Président de la République, je me suis dit que j'étais parti pour un grand moment d'enseignement.

Je n'ai pas été déçu.

Les aphorismes ont plu toute la semaine qu'on a passée ensemble sur la route. Même le journal s'y est mis, avec cette citation du jour
Ce n'est pas parce que l'écureuil saute de branche en branche qu'il est aussi fort que le singe.
que j'aurais tendance à rapprocher de "L'habit ne fait pas le moine".

Mais le plus beau, en tout cas le plus drôle, est venu de notre contact sur place. Nous étions dans la voiture en direction du restaurant, branchés sur RFI. On a beau dire, pour une radio internationale, ça parle beaucoup de la France. Et notamment de l'Affaire Bettencourt.

Ce qui intéresse notre interlocuteur -un homme passablement riche- c'est que la Dame a quand même donné un milliard d'euros à François-Marie Banier. Apparemment le monsieur est homo, mais ça on ne le savait pas sur le moment. Du coup, la seule conclusion rationelle s'impose:
"C'est le péni' le plus cher du monde!"

mercredi 15 septembre 2010

Zai zai zai zai

Deng Xiaoping m'avait prévenu que l'aéroport de Ouaga était assez unique. Effectivement, je ne suis pas déçu: c'est un peu comme si le batîment avait été soufflé par une explosion et qu'il n'en resterait que les quatre murs et le toit. On pourrait arguer qu'il est en (re)construction, mais il n'y a pas ou peu d'échafaudages.

Une petite table en bois est posée à l'entrée, où deux douaniers contrôlent les papiers des voyageurs avant le coup de tampon du guichet (en bois) situé 3m plus loin. La récupération des bagages se fait dans un... hmmm.... hangar au milieu duquel est posé un tréteau de 30cm de haut. Au bout de 10 minutes, deux hommes tirant une gigantesque cariole de bagages entrent dans la pièce et commencent à les décharger devant nous. C'est finalement plus simple et aussi plus rapide que le tapis roulant de l'aéroport de Dakar (ou de Ciampino, maintenant que j'y pense).

Arrivés à l'hotel, Joe Dassin passe en boucle dans la stéréo du lobby. A 18h00, le soleil se couche déjà.

Bienvenue au Burkina!

mardi 14 septembre 2010

Un de plus

Bon, ce coup-ci je ne suis même pas surpris: on a un nouveau haut-fonctionnaire qui a déclaré à un collègue que "s'il n'y a pas d'argent, [il] ne bougera pas".

Bon, au moins c'est franc. Malheureusement pour lui, on n'a pas de sous (en tout cas pas pour ça) et en plus on avait prévu le coup en allant voir ses collègues à l'avance. Et eux non seulement bossent proprement, mais en plus ils ne peuvent pas l'encadrer.

J'en connais un qui va passer un mois de merde.

dimanche 12 septembre 2010

J'ai testé pour vous

Ce vendredi s'achevait au Sénégal le Ramadan - par la célébration qu'on appelle ici la Korité.

Rien de spécial à en dire, on fait une grosse bouffe et on s'envoie des voeux, un peu comme au nouvel an.

Par contre du coup je peux tirer un petit bilan beaucoup plus significatif du Ramadan, auquel je me suis essayé - en tout cas les jours de semaine- pour être solidaire avec mes 80% de collègues musulmans. Le résultat, c'est qu'on en tire de bonnes et de mauvaises choses:
  • En terme de rythme, de vie c'est grossièrement nuisible à la santé, j'en suis convaincu et en dépit de toutes les dénégations de mes collègues: le réveil avant le lever du soleil, la soif (surtout vu la température locale, et encore moi j'ai la clim'), bof. Je ne compte pas le nombre de collègues femmes qui ont du prendre un break pour cause de baisse de tension ou vertiges. Côté mecs, apparemment d'après le journal les restos étaient de nouveaux pleins après dix jours de jeûne (sur 28). Il y a même une expression pour décrire ceux qui mangent discrètement tout en prétendant faire tout selon les règles: worou galé. Le Sénégalais est pragmatique;
  • Par contre la sensation de faim est très gérable - ce n'est pas comme si sauter un repas était quelque chose d'exceptionnel non plus, hein;
  • Point positif, en tout cas pour un toubab, c'est que tout le monde à adoré le fait que je jeûne. J'ai marqué plus de points d'intégration que tous les autres expats réunis;
  • Mais le top du top, c'est que beaucoup de gens mâchonnent un sotchou à longueur de journée: il s'agit d'un bâtonnet en bois censé servir de coupe-faim / cure-dents géant. Avec ça au bec et pour 25 ou 50 CFA, j'ai passé un mois de rêve où le nombre de locaux venant me casser les burnes pour me vendre quelque chose à quatre fois son prix a diminué drastiquement. En gros ce bâtonnet, c'était ma carte de visite géante annonçant "Je suis du coin, alors viens pas me faire chier.
Rien que pour ce dernier point, le Ramadan va me manquer.

mercredi 25 août 2010

Sois fort et prends soin de toi

Dieu, le Très-Haut, celui qui commande depuis la stratosphère du QG tout mon département et toutes ses antennes au niveau mondial, Dieu donc doit subir une opération de l'épaule. C'est mon copain Georges qui me l'a annoncé. Il était assez mal à l'aise, Georges, parce qu'on lui a demandé de signer une carte et de verser une obole pour acheter un bouquet ou une corbeille de bonbons - ce qu'il a fait (Georges est fort pour survivre, je l'ai déjà dit).

Je précise que Dieu, sans être totalement méchant, n'adresse que rarement la parole aux pauvres mortels que nous sommes, trois étages plus bas (justement parce qu'il y a trois étages de gens à qui parler d'abord). J'ajoute également qu'il émarge, à vue de nez, près du million annuel (donc le panier, hein, bof). Je termine enfin en précisant que le Caniche, qui ne le voit guère plus que nous, s'est fendu d'un "bon courage, et si vous avez besoin de quelque chose, appelez moi".

Meanwhile, mon collègue Carlos, lui aussi au QG mais sis avec la plèbe parce qu'il n'est que Manager, s'est cassé la cheville en vacances et doit se faire opérer demain. Je le sais parce que je lui ai demandé - personne au bureau n'avait pris la peine s'interroger sur la raison de ses deux semaines de congé maladie.

mercredi 18 août 2010

Il pleut bergère

Tout a commencé par le barbecue de la voisine, prévu ce soir.

Je profite de la pause de midi pour aller en ville acheter un bout de barbaque et quelques fruits. Il pleut. Il pleut beaucoup. Il pleut de plus en plus et tellement, même, qu'arrivé près du Plateau les voitures roulent au pas, de l'eau jusqu'au moyeu.

Je me dis que finalement ce n'est pas forcément le meilleur moment pour trouver une place de parc et faire mon marché.

Je décide de faire demi-tour.

La route de la corniche est désormais inondée par 30 cm d'eau sur 60% de sa longueur. Il faut contourner les trémies, devenues de gigantesques entonnoirs sans trou d'évacuation. Je passe devant deux palmiers déracinés.

La saison des pluies a commencé en retard, mais elle a bien commencé.

mardi 17 août 2010

La Madrague

La Madrague, le nom me disait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Google m'informe que c'est un camping à Pornic, et la résidence de Brigitte Bardot à Saint-Tropez. Eh bien la Madrague, c'est aussi un hôtel en bordure de la plage de Ngor qui sert un thiéboudiène de qualité.

Pour 5'600 CFA c'est probablement l'un des plus chers qu'il m'ait été donné de manger. Mais la portion est bien présentée à défaut d'être énorme, et le goût est là. Que dire d'autre? Que la vue sur l'île est en fait assez sympa quand il pleut et que la plage en-dessous est vide, et que l'hôtel a l'air plutôt chic. Évitez le poulet yassa.

La Madrague
Plage de Ngor
Ouakam - Dakar
Tél: 33 820 0223
http://www.hotel-madrague.com/

jeudi 12 août 2010

Tout fout le camp

Le bureau du ministre nous appelle:

- Avez vous reçu notre fax?
- Non, nous n'avons plus d'encre. Pouvez-vous nous envoyer la lettre par email?
- Non, nous n'avons plus d'électricité!

dimanche 8 août 2010

Air Afrique

Or doncques, nous voici enfin en route pour le Nigeria. En tout cas nous sommes à l'aéroport, car notre vol de 0H55 a déjà une heure et demie de retard. Encore heureux qu'on a droit au business lounge. Je me vautre sur un canapé, j'essaie de dormir un bout. Le décollage se fait finalement à presque 3h. Sur la douzaine de vols effectués depuis un mois et demi, un seul il me semble est jamais parti à l'heure.

Nous atterrissons vers 9h à Accra. Comment un Airbus ou Boeing parcourt-il 2000kms en 5 ou 6 heures alors qu'en Europe il le fait en moitié moins de temps, je l'ignore. On nous attend à la descente pour nous dire qu'il nous faut récupérer et réenregistrer nos bagages, mais que comme le transit est de 5 heures, l'enregistrement n'est en fait pas ouvert. Pouvons nous attendre dans le lounge local? Non, car il nous faut d'abord enregistrer les bagages, nous resterons donc deux heures à patienter dans un couloir. C'est ubuesque.

Au retour ce sera vaguement plus confortable - on nous laisse prendre nos affaires au salon affaires en attendant l'ouverture de l'enregistrement- mais pour y arriver notre accompagnant ne trouve rien mieux que nous conduire à travers la douane -je n'ai pas de visa, mais personne ne demande rien-, sortir du terminal des arrivées, re-rentrer dans le terminal des départs et, enfin accèder au susmentionné salon, distant d'environ 50m de notre point de départ à la sortie d'avion si l'on s'était contentés de remonter le couloir. A l'enregistrement on nous demande de remplir une fiche de douane (je n'ai toujours pas de visa, mais ça ne choque personne) et on pèse les bagages sur une antique balance de boucher à l'autre bout des comptoirs. Je précise qu'à part ce détail l'aéroport d'Accra ressemble à une aérogare comme on en verrait en Europe, propre et pleine de magasins duty free raisonnablement approvisionnés.

Je ne cherche pas à comprendre, j'accepte, mais tout ça ne me paraît pas super bien organisé.

jeudi 5 août 2010

Happy Birthday to you, Mister Vice-President

Figurez-vous qu'au Nigeria, quand c'est l'anniversaire de quelqu'un haut placé (dans le journal que je lis ce jour, le vice-président), il n'y a rien de plus naturel pour une compagnie que de se payer une pleine page dans le journal pour lui souhaiter une bonne journée.


C'est officiel: les Nigérians sont des fayots.

mardi 3 août 2010

J'ai une bonne

Il faut se rendre à l'évidence, je m'embourgeoise. Je viens d'embaucher une femme de ménage rien qu'à moi, c'est mon dernier signe extérieur de richesse.

Bon, vu la fréquence de mes passages à la maison, c'est loin d'être un plein-temps. Mais quand même ça fait bizarre d'être le patron de quelqu'un.

Elle a des dents de devant toutes noires, elle ne parle pas français et ne sait pas lire. Le moins qu'on puisse dire, c'est que je suis un equal opportunity employer.

vendredi 30 juillet 2010

Votre argent m'intéresse

J'ai ouvert un compte auprès de la BICIS, filiale de BNP Paribas, pour la modique somme de 10'000 CFA par mois. 15€ mensuels je trouve que c'est cher, plus cher qu'à la maison, mais apparemment c'est le prix à payer pour avoir une carte.

La première surprise est qu'au moment de la signature les 10'000 CFA sont devenus 11'000. Mon argent fait déjà des petits, mais à l'envers on dirait.

La deuxième surprise, quand je me connecte pour connaître l'état de mon compte et savoir si mes frais ont été virés (ce qui n'est évidemment pas le cas), c'est que leur service de e-banking a la sobriété d'une page web que j'aurais pu moi-même créer circa 1996.

La troisième surprise, c'est que mon compte affiche un découvert de 67'264 CFA.

Sachant que je n'ai ni chéquier ni carte, que je n'ai pas mis les pieds à la banque depuis le jour de la signature du contrat d'adhésion vers le 10 juillet dernier, j'en conclus que les frais de tenue de compte ont été appliqués (-11'000 CFA, donc), et que ledit compte étant vide on m'a immédiatement infligé des agios punitifs à hauteur de 500% par mois.

Moralité: on ne prête qu'aux riches. Les pauvres remboursent difficilement, et pour cause.

mercredi 28 juillet 2010

Millionaire!

Ca s'est passé tellement vite que je me demande encore pourquoi ça a pris autant de temps: on m'a remboursé mes frais! Plutôt que de continuer à attendre, j'ai fait l'addition des dépenses faites avant le 1er juillet et ai envoyé le formulaire à mon chef en Europe. Pour les frais post-1er juillet, c'est Deng XiaoPing qui a accepté de signé.

Résultat: je viens de vérifier mes comptes, et 7'000€ ont été crédités là-bas; ici (roulement de tambour), c'est trois millions de CFA qui sont apparus! Je n'ai pas encore réussi à compter combien ça faisait, mais ça fait son effet.

Je crois que je vais encadrer le relevé quand je le recevrai. C'est pas tous les jours qu'on est millionaire.

mardi 27 juillet 2010

Un homme, un vote.

Nouveau confcall pour "discuter de nos priorités". Quelqu'un -j'ignore qui, je n'écoutais qu'à moitié- a eu l'idée géniale que pour savoir quoi faire dans quels pays lors des 3 prochains mois, il nous fallait une matrice de priorités. Moi j'appelle ça un tableau Excel, mais c'est pas grave.

En gros on sélectionne un certain nombre de paramètres auquel on donne un poids de 1 à 10, on mélange et à la sortie on sait... je sais pas ce qu'on sait mais en tout cas on a un classement.

Il semble que 25% de la note doive être attribué à la taille de la population. La Chine, en clair, pèse plus que le Luxembourg. Willy le huileux argue que cela devrait être encore plus marqué, que la masse devrait compter 30, voire 35%.

En ce qui concerne l'Afrique, ma priorité est de savoir qui je connais qui est frère ou cousin d'un ministre, et ça s'arrête là. Parce que sans le précieux sésame de la recommandation, je n'ai aucune idée de la manière dont je pourrais aborder quelqu'un, même si j'ai une belle carte de visite et une plus belle cravate encore. Même si les gars sont un milliard, le seul et unique moyen de passer le barrage ou de sortir du lot est d'avoir serré la seule bonne main.

Un collègue d'Asie, visiblement sur la même longueur d'onde, signale que si les 50 personnes à qui on a envoyé la matrice estiment chacune de leur côté la valeur d'un paramètre sur une échelle aussi large que de un à dix, on risque d'obtenir un bel éventail de réponses. Dès lors, ça ne serait pas une mauvaise idée de profiter d'un prochain meeting de brainstorming voulu par le Caniche fin août pour accorder nos violons.

Réponse du Caniche: "le brainstorming n'apportera pas de solution".

Certes. Moi, de toute façon, le brainstorming il m'apporte surtout un billet gratuit pour la maison.

lundi 26 juillet 2010

Pénurie

Rentré de week-end hier: pas d'eau.

Réveillé ce matin: pas d'électricité.

A part ça tout va bien.

samedi 24 juillet 2010

Design

J'apprends qu'HR dispose d'un département Design fonctionnel. Il s'agit de 8 personnes chargées d'améliorer le fonctionnement du machin, faisant en sorte que les réunions soient plus efficaces et les interactions entre différents groupes plus productives. Vu les grades, je dirais qu'on parle d'une masse salariale de 700'000 € par an.

D'après les personnes qui m'en ont parlé (et qui ont eu affaire à eux), le seul changement à date est que leur meeting du lundi a été déplacé au mardi.

mercredi 21 juillet 2010

Le Balajo

Le Balajo, je connaissais parce que c'était pendant la Coupe du Monde le repère des Espagnols de Dakar. On y diffusait des matches sur grand écran, la déco est sympa mais minimal, il y a des ventilos (le coin est semi-ouvert mais pas étouffant pour deux sous), et la bière n'était pas chère. C'est tant mieux, sauf que je n'aime pas le football, et que j'étais de toute façon pour les Allemands.

Par contre le Balajo, figurez-vous, sert de temps à autre un thiéboudiène à sa façon.

Le goût y est, il n'y a pas à chipoter, et certainement pas pour 3'500 CFA (boisson incluse). C'est bon, bon, bon comme un vrai bon thiéboudiène. Le seul regret, qui est naturel quand c'est aussi bon, c'est que les portions étaient peut-être construites de manière inégale: plein de riz, du poisson comme il faut mais sans plus, et vraiment pas assez de légumes. Je me souviens clairement de la carotte, mais pour le manioc ou l'aubergine, c'est un peu plus confus. Sans être un maniaque de la vitamine, c'est un peu dommage. Ca ne m'empêchera pas d'y retourner à l'occasion, pour m'extraire d'une crise de manque.

Le Balajo
Av. Cheick Anta Diop (juste après la station OilLibya)
Point E - Dakar
Tél: 77 801 44 83 / 33 864 11 13
Ouvert de 11h à minuit, 7/7

lundi 19 juillet 2010

Quand on veut les meilleurs...

L'Oncle Ben's revient d'une réunion de l'UEMOA (la zone CFA), où il est allé serrer quelques paluches et se tenir au courant des réunions à venir et décisions en préparation. Je n'ai pas souvenir que l'UEMOA ait jamais pris de décision importante, mais étant encore un objet douanier plus que politique, on ne va pas leur faire de procès d'intention, ce n'est pas mon genre.

Au fil des discussions avec ses potes haut-fonctionnaire, il est apparu qu'un commissaire touche dix millions (10'000'000 ) de CFA par mois. Soit, à la louche, 15'000 euros. Il est par ailleurs logé et véhiculé à l'oeil, ce qui à Ouaga ne doit pas coûter très cher. Là où ça devient intéressant, c'est que si le fonfon doit prendre l'avion et que la correspondance est supérieure à une (1) heure, un per diem de 500'000 CFA tombe pour couvrir les frais de taxi et de nourriture. J'ai déjeuné à midi pour 8'000 CFA (entrée - plat - dessert), et c'était loin d'être prolétarien.

Bref, tout ça pour dire que les cadres de l'UEMOA, étrangement, freinent des quatre fers pour la mise en place d'une union UEMOA-ECOWAS (cette dernière couvrant plutôt les pays anglophones de la région). Comme on dit, on sait ce qu'on va perdre, on ne sait pas ce qu'on va trouver.

vendredi 16 juillet 2010

Air Brainstorm

"L'Afrique," m'a dit une fois Deng Xiaoping, "est la seule région où avant de faire un déplacement tu dois brainstormer pendant une heure pour savoir quand et où partir afin d'optimiser ton temps".

Nous sommes en train de planifier une virée au Liberia, erratiquement connecté au réseau aérien mondial, dirait-on. Monrovia est à moins de 1200 kms de Dakar, soit à peu de choses près la distance Paris-Rome.

"- Deng Xiaoping, si nous partons dans la nuit de samedi à dimanche à 0h55, on atterrit à 5h55 à Accra. Redécollage à 13h10 et arrivée sur Monrovia vers 15h10. Pas d'avion de retour avant mercredi. Qu'en dis-tu?"

- J'en dis que c'est raisonnable."

Si le chef le dit, c'est que ça l'est.

jeudi 15 juillet 2010

A quoi servent les conférences téléphoniques?

A quoi servent les conférences téléphoniques? Sur la base de celle que l'on a eu aujourd'hui, je dirais qu'il s'agit pour l'organisateur de s'écouter penser.

C'est en tout cas la conclusion pour celle d'aujourd'hui. Le Caniche en convoque une à 15h10 pour 15h30 (comme si on n'avait rien d'autre à foutre) afin de revoir la présentation qui sera faite demain en vidéoconférence à quelque grosse légume.

Evidemment nous sommes aujourd'hui par téléphone, évidemment le son est détestable.

Les premières 70 minutes de conversation sont monopolisées par les gens du QG qui révisent leur partie de la présentation, dont nous n'avons pas de copie et dont, honnêtement, nous n'avons à faire tellement il s'agit de généralité benêtes (car en fin de compte les mecs sur le terrain, c'est nous et pas eux). Après cela viennent 8 à 10 minutes max pour relire et discuter notre section, puis viennent 30 minutes pour deux autres pingouins eux mêmes coincés sur leurs téléphones respectifs. Les changements pour notre partie sont minimes, voire insignifiants.

Mais on aura perdu deux heures pour en être sûrs.

mardi 13 juillet 2010

Ils sont partout

Je traine devant le Méridien ou quelque ministre participe à quelque réunion/colloque/exercice de masturbation pour intellectuels.

Je sais qu'il y a un gros ministre parce qu'il y a une grosse berline noire. Et qu'elle ne porte pas de plaques d'immatriculation. Par contre en me rapprochant je remarque un truc bizarre.

La marque de la berline est écrite en chinois.

J'avais déjà remarqué quelques timides CherryQQ dans la rue, voire des Tata et même une marque iranienne. Il y a plusieurs pays africains dont les villes ont succombé au "charme" des zem, des motos elles aussi chinoises de 125cc et vendues pour un dérisoire 350'000 CFA (500 €). On me dit que s'il n'y en n'a pas au Sénégal, c'est essentiellement parce que le Sénégalais est un peu frimeur et ne veut pas apparaître sur un deux-roues qui fait pauvre (comme quoi tout est possible). En tout cas, la où la zem passe, les Yamahas et autre Kawasakis ne repoussent pas.

Je commence à me dire qu'en Europe on n'a encore rien vu.

dimanche 11 juillet 2010

Un bon dimanche

"Bonjour. Vous n'avez rien à déclarer? Même pas un petit cadeau pour nous?". J'avoue que la question étant posée avec le sourire d'un air aussi détaché, sur le coup je n'ai pas réagi. J'ai fini par sourire et j'ai répondu qu'il aurait fallu me prévenir à l'avance, j'aurais amené un petit souvenir.

Le douanier me demandait donc un bakchiche.

Au retour c'était un peu plus évident: arrivés au niveau du scanner, qui se trouve dans une sorte d'antichambre de la salle d'embarquement, le planton de service a d'abord laissé sortir mes collègues avant de me demander avec insistance, mais toujours avec le sourire, si je n'avais pas quelque chose "pour passer un bon dimanche". J'ai souris, j'ai dit que je lui souhaitais "un vraiment très bon dimanche", et j'ai tendu la main pour récupérer mon passeport. J'avoue que c'était un peu surréel, tout en douceur mais plein d'implications lourdes.

J'ai décidé de tenir un compte, dans mes interactions avec les forces de l'ordre, de celles incluant une demande de "bon dimanche". Pour l'instant, on en est a six passages sans histoire pour deux "bons dimanches".

J'ai rencontré un gars qui tenait un compte des fois où il refusait de payer, par opposition au nombre de fois où il devait aller s'en expliquer au poste. C'était au Turkménistan. Après 18 mois sur place, il en était à 58 - 2.

samedi 10 juillet 2010

Sang-froid

Vous ouvrez les yeux. Vous vous trouvez en équilibre sur un filin d'acier, 30m de vide de chaque côté et des pieux aiguisés qui vous attendent en bas. C'est un peu l'impression que j'ai eue dès le début de ce meeting avec un sous-ministre libérien.

Le bonhomme est arrivé en jean's. Ok pourquoi pas, il faut être moderne et en ce qui me concerne je ne suis qu'à moitié confortable dans mon costume. Deng Xiaoping a même sorti la cravate.

D'emblée le gars nous dit ce qu'on veut entendre. Pas une critique, pas une déviation. C'est louche. Puis tout d'un coup, après nous avoir expliqué d'où il venait et qu'incidemment c'était le même village que je ne sais quels parlementaires importants, il nous sort "Évidemment, de nos jours, tout coûte de l'argent."

Silence, je garde ma meilleure tête de joueur de poker. J'avais pourtant été agréablement surpris par le pays qui, hormis pour les blindés des Nations Unies omniprésents, n'a pas vraiment l'air de se relever d'une guerre civile. Le sol est riche, on sent le potentiel. Mais bon.

Deng Xiaoping reste lui aussi très calme et dit simplement "Vous permettez que j'aie un mot rapide avec notre conseiller?". Les deux s'éloignent, on entend quelques éclats de voix de Deng. Tous ceux qui sont restés luttent pour avoir une conversation normale. On parle études, enfants, on meuble comme on peut.

Deng revient, et indique nonchalemment qu'il avait pensé opportun de briefer notre conseil (qui avait organisé le meeting) "sur le fait que nous avons certaines valeurs". Tout le monde comprend qu'il n'y aura pas de deal et, bizarrement, l'ambiance se détend (ou peut-être est-ce juste moi qui recommence à respirer).

Le meeting prend fin cinq minutes plus tard. Oncle Ben's me glisse qu'il n'est pas surpris, et qu'il a trouvé le mec moins direct que d'autres qu'il a rencontrés, notamment au Cameroun.

Mouais, demie consolation. Toujours est-il qu'on peut rayer ce pays de nos objectifs pour un temps.

vendredi 9 juillet 2010

Habib

Habib est né il y a près de 70 ans dans un port de commerce d'une lointaine côte. A 18 ans, il quitte de nuit la maison familiale, à l'insu de sa maman nous précise-t-il, et s'embarque pour Dubaï ou un autre port, encore plus grand. Destination finale: l'Afrique, où il arrive seul. Avec ses trois économies, il ouvre une épicerie.

Cinquante ans plus tard, Habib est un homme riche, avec plus de 400 employés, dont 70 sont des membres de sa famille qu'il a fait venir au fur et à mesure que le business s'agrandissait. Il possède quatre supermarchés, plusieurs boutiques spécialisées dans le vin, l'électronique ou je ne sais quoi. Est l'importateur exclusif de plusieurs grandes marques occidentales, ainsi que de pratiquement tous les alcools vendus dans le pays (+ de 1000 références!, me dit-il). Il s'est d'ailleurs découvert un faible pour le kir royal.

Une photo d'Habib avec feu le Président trône dans son bureau. Un quartier de sa ville d'adoption s'appelle aujourd'hui, tout simplement, "Habib". "Un bel exemple d'intégration", comme le dit Deng Xiaoping.

Ca n'est pas faux.

mercredi 7 juillet 2010

Ca, c'est fait

Bon, je me suis tapé la Polonaise des ressources humaines hier soir. Comme quoi tout n'est pas mauvais dans ce service.

dimanche 4 juillet 2010

Air Gambia

Nous avons rendez-vous demain avec notre contact à Banjul, capitale de la Gambie voisine. 179 kms qu'il est plus convenable de faire en avion (35') qu'en voiture (5 heures au bas mot), nous dit on.

Sauf que le vol de 16h est repoussé, repoussé, repoussé. Je zone un peu à l'aéroport, je zone un peu avec la famille de l'Oncle Bens qui du coup est passée le récupérer. Son neveu est déjà une émeute à lui tout seul à cinq ans, on est tout de suite super potes.

On se pose à l'hotel un peu avant 3h du matin. M'est avis que plus de dix heures pour faire 179 kms en avion, c'est un nouveau genre de record pour cette catégorie.

samedi 3 juillet 2010

Keur Ndeye

Ca fait longtemps que je n'ai pas mangé de thieb', c'est samedi, et après une bonne matinée de surf, j'ai faim. C'est l'occasion idéale pour sauter dans la voiture et foncer en ville essayer Keur Ndeye ("Chez Ndeye", littéralement), recommandé dans mon Lonely Planet pour sa bonne sélection de plats sénégalais et, notamment, un copieux thiéboudiène. On m'aurait motivé à moins que cela.

J'embarque la Polonaise (dont le projet semble avancer à reculons et qui s'est fixé comme objectif de trouver un truc positif que ses collègues auront fait avant son départ) et nous arrivons dans ce petit restaurant qui, visiblement, n'a pas changé sa décoration depuis que le rédacteur du LP est passé en 1998 (il s'agit d'une vieille édition récupérée d'un ami). Bon en fait je suis rat, il n'y a quasiment pas de décoration. Mais le restaurant est assez rempli, ce qui à 15h un samedi me parait plutôt bon signe.

La carte n'est pas immense mais propose une bonne sélection, le thiéboudiène est disponible à 4500 CFA. Aussitôt repéré, aussitôt commandé. Service sympa sans plus, mais rapide.

La portion est effectivement copieuse, mais de ma faible expérience de la chose j'attends encore de me voir servir un petit thiéboudiène. Le poisson est bon, les légumes aussi, mais le riz est bizarrement al dente et donc un peu croquant. Ca gâche l'impression d'ensemble, je ne suis pas très fan. Je ne sais pas si je vais commencer à mettre en place une échelle de notation, mais à celui-ci je donne un 6/10 assez déçu.

Le problème des guides et de leurs recommandations, c'est qu'ils créent forcément des attentes (voire pire, des lauriers sur lesquelles les propriétaires se reposent).

Keur Ndeye
68 Rue Vincens
Dakar
Tél.: 33 821 4973
Ouvert de 12h à 23h, 7j/7

mercredi 30 juin 2010

Le Françafricain

Il est né au Sénégal, y a passé toute sa vie. Il est ami avec des hauts-fonctionnaires, et achète les autres. Il est français. Il est françafricain, comme je pensais qu'ils avaient disparus avec les années 80.
Nous avons rendez-vous avec lui. Deng xiaoping est un peu nerveux. Apparemment il y a une longue histoire de coups de pute entre eux, mais l'ami Deng est de ceux qui pensent qu'il faut être proche de ses amis, et plus proche encore de ses ennemis. Il appelle donc son Françafricain de temps à autre pour savoir ce qui se passe dans les gouvernments de la région.
- Comment il fait pour avoir toutes ces infos? demande-je naïvement.
- Il est ami avec la moitié des présidences, sans compter les gars qu'il arrose en-dessous: pas forcément de l'argent, mais il paie la voiture, les vacances, ou les études des enfants.
- Et il n'y a pas moyen de le prendre la main dans le sac? Le faire expulser? (je sais que je suis vraiment naïf, mais il faut quand même demander)
Deng Xiaoping se marre.
- Mais s'il veut c'est lui qui me ferait expulser!

Bon.

La rencontre a lieu, apparemment ça bouge un peu au Mali. Le Françafricain nous tend un texte de loi "le dernier qu'il a reçu". Le document est un vieux fax daté d'il y a trois mois, alors que Deng et moi savons qu'une nouvelle mouture est sortie il y a deux semaines et que notre Françafricain y était il y a trois jours.

Échange de bons procédés, on l'informe d'un projet de loi bizarre apparu ailleurs. "Je vois le souci", dit-il en se frottant le pouce et l'index. Et puis il est parti jouer au golf avec un ministre.

Quand au projet de loi malien, il nous faudra un mois avant de nous rendre compte qu'il avait en plus édité certaines portions du texte pour en modifier le sens.

lundi 28 juin 2010

Comme on se retrouve

La Polonaise croisée à l'aéroport lors de mon premier passage est de retour elle aussi. Visiblement il y a quelques retards dans le projet sur lequel elle travaille depuis un an et qui, pour autant que je le comprenne, n'a pas avancé d'un iota. Du coup la voici revenue pour un mois. Go-live prévu dans une semaine, plus service après-vente pour les inévitables pépins.

Le moins qu'on puisse dire est qu'elle exprime une certaine frustration vis-à-vis de l'inefficacité (l'indigence? l'incurie?) de ses collègues des Ressources Humaines locales.

Sans blague.

vendredi 25 juin 2010

Pub

"- Mon chéri, tu as passé une bonne journée au bureau?
- Oui, excellente et je dois partir dans trois jours pour signer ce contrat à Tokyo. Par contre tu sais, mon anglais est vraiment un problème, je ne sais pas comment faire pour l'améliorer.
- Tu devrais aller voir le British Council, ils offrent des cours d'anglais pour tous les niveaux!
- [etc. etc.]"
Je suis en train de rentrer du bureau quand j'entends cela à la radio. Je regarde autour de moi: des maisons à moitié finies, des pistes en terre dès qu'on sort de la route des Almadies (le quartier plutôt riche, sinon), des gamins qui vendent des cartes téléphoniques en bord de route.

Et le gars, donc, va apprendre l'anglais en trois jours pour aller signer un contrat à Tokyo.

Je ne suis pas un expert, mais je ne suis pas certain qu'ils ciblent le bon public.

jeudi 24 juin 2010

La retraite est coupée

Cher Jean François,

Félicitations pour votre mutation au Sénégal.

Étant en charge des questions de Sécurité sociale et afin d'évaluer pour vous la possibilité ou non de vous garder au sein du système suisse de retraites (AVS) pendant la durée de votre séjour, merci de me confirmer si vous étiez déjà contributeur avant de commencer à travailler pour nous. Merci d'avance de votre réponse.

N'hésitez pas à me contacter si vous avez des questions.
Je ne suis pas sûr de comprendre: suis-je sur le point de devoir travailler six mois de plus que nécessaire? J'essaie d'appeler cette sympathique dame (le "félicitations" sans point d'exclamation m'a toutefois paru vaguement sarcastique) mais, bizarrement, elle n'est pas joignable depuis les deux jours que j'essaie de l'appeler pour demander des précisions.

In other news, j'ai enfin rencontré la personne des RH en charge de mon dossier. Celle qui, notifiée le 24 mai au plus tard de mon arrivée, a enclenché le processus aux alentours du 10 juin. Celle qui m'informait qu'en fait le contrat ne pourrait prendre effet qu'à partir du 15 juillet. Très sympa, m'a dit que tout était en cours et qu'il fallait être patient.

Je ne suis pas du genre à gueuler pour faire avancer les choses, j'ai donc souris. Et quand elle a dit "Si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas à venir me voir", j'ai continué à sourire et je suis sorti.

mercredi 23 juin 2010

Droit d'auteur

Les minutes de la conférence téléphonique d'hier nous sont arrivées et un point, le 5c je crois, m'a fait tiquer:
"Le Caniche a rédigé un rapport introductif que chacun est encouragé à faire circuler."
Ledit rapport est déjà allé sur le bureau d'un Très Haut, qui l'a trouvé si bon qu'il l'a transmis au Très Haut d'un autre groupe, copiant le Caniche et la gratifiant d'un "bon boulot, Caniche".

Le Caniche nous a bien évidemment fait suivre l'email dudit Très Haut, avec le document en question. Je ne sais pas pour vous mais j'ai l'habitude, quand je reçois un chouette document Word bien écrit, d'aller dans l'option "Propriétés", histoire de m'informer sur l'identité du créateur du fichier.

Et là, (demi-)surprise, ce n'était pas écrit "Caniche" mais "Georges". Georges, c'est mon pote du bureau d'à côté, dans mon ancienne vie de sherpa sans histoire. Georges est la seule personne dans tout le département à être là depuis plus de dix ans. Autant dire que c'est un pro de la survie en milieu hostile.

Sa réponse lorsque je lui signale le vol le détournement l'erreur d'attribution? "Le Caniche et moi avons décidé de ne pas nous apprécier. Pas de problème pour faire circuler ce papier à l'extérieur, mais enlevez mon nom."

Georges est très zen.

mardi 22 juin 2010

Contrôle des changes

La grande cheffesse des finances est de retour du QG, j'en profite pour l'intercepter et lui pourrir sa matinée avec mes problèmes de frais. J'ignorais que les comptables pouvaient être mignonnes, mais quand j'apprends qu'elle est là depuis déjà 18 mois, je me dis qu'elle correspond plus à l'équation "jeunesse+ambition = serrera les dents si on la parachute dans un coin pourri". Elle a d'ailleurs de jolies dents, un look teuton et efficace. Je sais que j'ai tort, mais je me mets à espérer que la Lumière est proche.

Je la briefe rapidement sur mon cas, et demande donc comment mes désormais presque 9'000 euros de frais seront remboursés le jour où HR Dakar admettra que je bosse bien pour eux. "Ils seront probablement payés en Francs CFA sur un compte local", me dit-elle.

Ah tiens, ça c'est nouveau.

Et pourquoi pas en Suisse? Parce qu'il y a un contrôle des changes qui fait qu'apparemment, pour un individu donné la somme maximale qui puisse sortir du pays est dans les 3-4'000 euros par mois. Bon, je reconnais que virer de l'argent africain vers un compte en Suisse est un geste facilement sujet à interprétation, mais quand même. Elle me suggère aimablement de prendre l'argent en cash et de l'emmener avec moi en avion. Ben ouais, tiens, j'y avais pas pensé.

Bon, de toute façon on n'en est pas encore là, je n'ai pas de maison. Et donc pas d'adresse. Et donc pas de compte en banque. Ah oui, et quand j'ouvrirai un compte, ne pas oublier de demander des chèques (ça n'a pas disparu avec le XXe siècle, ce truc?): la carte bancaire met plusieurs semaines à arriver, et si donc je veux du cash il faudra me faire un chèque à moi-même que j'encaisserai immédiatement au guichet...

On peut en fait demander un retrait direct, mais les frais associés sont d'environ 10 CHF, alors que les chèques sont gratuits. Du coup on se signe un chèque et on l'encaisse dans la foulée.

C'est pourtant évident, quand on y pense.

lundi 21 juin 2010

Le tonneau des danaïdes

Aujourd'hui, première excursion sur le terrain, histoire de voir à quoi ressemble le Vrai Sénégal (celui avec des Sénégalais, donc, par opposition à celui de vendredi soir avec ses Françafricains). J'ai droit au grand tour avec un gars dont je passe quatre heures à essayer de me souvenir du prénom (on me présente cinq personnes d'un coup, je sature au bout de trois noms, c'était le quatrième!).

Bon, que dire? Je crois honnêtement que je commence à avoir pas mal bourlingué dans ma vie, et j'ai vu des coins vraiment, vraiment pas brillants. Des États en déliquescence ou parmi les moins avancés. Des bidonvilles, des réfugiés. Mais c'est bien la première fois que j'ai l'impression que le modèle occidental de développement (on parle ici de son mode de vie au sens large, basé sur la notion de progrès inéluctable basé sur la Raison, pas de bête consumérisme) est une greffe qui ne prend pas partout.

Les rues de la banlieue, quand elles sont goudronnées, sont envahies par un sable fin qui s'infiltre partout. Les gens s'entassent dans des maisons qui ne ressemblent à rien, n'ont d'autre industrie que d'élever des chèvres maigrelettes. Pas d'ordre, de services publics apparents; des infrastructures déglinguées, des écarts de richesse entre Sénégalais complètement surréels. La zone.

Une impression de surpeuplement surtout, qui fait qu'on se demande ce que vont pouvoir faire tous ces jeunes pour vivre dans quelques années, à part courir sur la plage comme on les voit sur depuis la route de la Corniche. Quel avenir peut-on leur offrir dans ce paysage desséché? J'avoue que j'ai essayé d'imaginer ce que pourrait être la Dakar de 2040, en y mettant tout l'argent nécessaire, en remplissant ce tonneau des danaïdes de l'aide et de l'investissement. Eh bien, même avec les yeux fermés c'était toujours trop de monde, de sable, d'ordures, de pauvreté. On me dit que la polyo fait son grand retour dans les campagnes. Il y a des villes entières qui n'envoient pas leur gamins à l'école publique mais juste dans des madrasas, pour qu'ils y apprennent le Coran.

Ils ne sont vraiment pas sortis de l'auberge. Et moi j'ai vraiment eu l'impression d'être un touriste de 18 ans qui découvrait le monde réel.

dimanche 20 juin 2010

La Calebasse

Premier tentative pour réitérer l'expérience mystique qu'était le thiéboudiène de mercredi dernier, et première déception. Pourtant tout commençait plutôt bien: la Calebasse est au deuxième étage d'un magasin d'art africain plutôt sympa, et même si je ne suis pas fan des masques et figurines, la déco mérite qu'on circule dans les étages avant ou après le repas. Ajoutez une belle vue sur la mer (le restaurant est au pied du phare des mamelles) et un service agréable, et on a une bonne recette pour le restaurant à touristes certes, mais avec une expérience de qualité. A 8000 francs CFA le thiéboudiène ce n'est pas spécialement donné mais correct - Dakar est chère, je crois que c'est un fait qui commence à faire son triste chemin dans ma tête.

Mais las! La portion, généreuse, était complètement dominée par un gout citronné. Épices il y avait, mais bien cachés (ou alors sous la forme de purée de piments, à côté, mais c'était remplacer un maître par un autre). A noter, la présence d'un légume intéressant mais non identifié, sorte de gros haricot noir avec des graines de la taille d'un noyau de cerise. J'ai pensé à du caroube, mais j'ignore s'il s'en mange ici (et si ça se cuisine comme ça).

Au final: un plat correct et roboratif, mais pas de quoi tomber à la renverse. Le menu présente toute une série de plats sénégalais, a priori j'y retournerai quand même, de préférence avec des amis touristes.


La Calebasse
Au dessus du magasin Art Afrique
Route des Almadies, au pied du phare des Mamelles
Dakar
Tel: 33 860 69 47
Ouvert midi et soir, 7j/7

samedi 19 juin 2010

Toutes des salopes

Vous êtes occidental, gros et vieux? Bien! Vous avez toutes vos chances dans les meilleures boîtes de Dakar. Trop y croire nuit cependant gravement à la santé. Explication:

Hier soir un collègue décide de m'emmener voir "le vrai Dakar by night". Départ après minuit, heure où bibi dort normalement du sommeil du juste, direction le centre-ville. Il connaît la nuit, il a ses entrées, je le suis à la trace comme un gentil toutou - ce qui me vaut d'ailleurs une remarque de la première sénégalaise qui m'adresse la parole après à peine trois minutes sur place: "Pourquoi tu le suis comme ça? il est noir!" Ben oui, il est noir mais il connaît tout le monde, et toi aussi cocotte il te connaît. Pas touche.

Hors doncques, nous commençons à discuter avec un des grands patrons de la nuit locale. Français bien sûr, vieux évidemment, adore l'Afrique parce que, entre autres, "on est plus libres qu'en France" qu'il a quittée il y quinze ou vingt ans. Les trois-quarts des établissements qu'il a ouverts ont des licences bidons: il arrose et ne s'en cache pas. Mais sympa et, c'est là le paradoxe, apparemment heureux en ménage depuis ses toutes jeunes années: sa femme a même réduit la superficie d'un de ses troquets pour pouvoir ouvrir son propre commerce de fruits et légumes. En attendant, pour remplir ses commerces à lui, 50% des filles sont des putes. Au début je pensais juste à des entraîneuses (genre "tu m'offres un verre au triple du prix normal, chéri?"), mais non non, on me confirme: ce sont bien des putes (même si elles cherchent avant tout un mari pour les sortir de là). Bon.

Et puis vient Thibaut, un de ses gérants. Une tête de truand honnête - ce n'est pas un oxymore, juste l'impression qu'il dégage. Pas compliqué, ouvert, on sympathise tout de suite et là il commence à me déballer ce qu'il a vu en dix ans de Sénégal. Je ne veux pas lui faire perdre la fraîcheur de ses histoires si jamais il publie un livre (si je le revois je lui en reparle), mais voici la trame générale, drôle et triste à la fois.

Monsieur le Français a un bon poste. Médecin, homme d'affaires. Il vient à Dakar pour un congrès, une mutation. Solide, intelligent, bien établi (femme, enfants, toussa). Il passe une nuit en boîte pour se détendre. Chope une locale, et nique comme un fou pendant un, deux jours. Perd la tête. Décide de se marier avec ladite locale (apparemment c'est arrivé à un cadre de Sofitel - au bout de 15 jours), ou en tout cas de s'installer ici pour de bon (lâchant boulot et famille au passage). Il monte une affaire et vit heureux comme un pape.

Puis viennent les dures réalités du business à la sénégalaise: il faut arroser les douanes, la police, les impôts (Thibaut appelle ça la redistribution de la richesse). Sa femme, fine connaisseuse de la culture locale, lui dit: "c'est parce que tu es blanc, ils savent qu'ils peuvent t'emmerder comme ils veulent". Malin, notre businessman blanc décide de tout mettre au nom de Madame qui, si vous avez suivi, est noire.

24h plus tard les frères et/ou l'amant débarquent, et le mec est jeté à la rue propre en ordre. Adieu veau vache cochon couvée femme et business. L'ambassade doit alors les rapatrier (généralement vers l'hopital, vu qu'ils ont aussi chopé une intoxication ou maladie quelconque). Thibaut m'a raconté trois ou quatre histoires à la suite, les trois ou quatre suivent le même principe. Seule la profession initiale du gars change. Selon mon conteur du soir c'est le cas (ou la conclusion) de 95% des mariages mixtes qu'il a vus.

jeudi 17 juin 2010

La citation in extenso du jour

Cher Jean François,

La date de départ de votre Formulaire de Demande de Transfert (FDT) pour votre mission était le 1er juin. Veuillez cependant noter qu'il n'est pas possible d'indiquer cette date vu qu'elle se situe dans le passé.

A cause de différentes contraintes administratives liées à l'organisation de votre mission au Sénégal (par exemple collecter les approbations sur le FDT, signer la lettre de mission, trouver un logement, expédier vos affaires et gérer le permis de travail, etc.), la date effective de votre transfert devrait être le 15 juillet au plus tôt.

Je comprends que vous êtes déjà au Sénégal, mais votre séjour doit être considéré comme un voyage d'affaires.

N'hésitez pas à me contacter si vous avez des commentaires.

Human Resources
Pas un mot de mes notes de frais en suspens.

A part ça, tout va bien.

mercredi 16 juin 2010

La Quête

J'ai goûté hier mon premier Thiéboudiène (orthographe approximative), plat national sénégalais s'il en est. On pourrait se limiter à dire qu'il s'agit de poisson avec du riz, mais c'est comme dire que Guerre et Paix ça parle de la Russie. C'est bon, méga-bon, incroyablement bon. Des épices qui parfument sans arracher la gueule, des saveurs mélangées et incroyables, et pourtant c'est tout simple. Comme pour Super Dupont, on peut résumer les ingrédients à Rienquedubon: 98%; sel: 2%.

J'ai donc décidé de consacrer les prochains mois à la seule vraie quête qui apportera un plus à l'Humanité: trouver le meilleur thiéboudiène (orthographe approximative) du Sénégal. J'essaierai de documenter mes découvertes ici même.

In other news, j'apprends que l'un des mes premiers déplacements dans la région ne sera pas au Cap-Vert mais au Liberia. Quand je signale poliment que le pays est sur la liste rouge des déplacements pour cause de, hum, guerre civile pas totalement finie, et qu'il nous faudra une autorisation spéciale, Deng Xiaoping sourit et dit "C'est pas très grave, parce que les autorisations c'est moi qui les signe."

On va bien se marrer.

mardi 15 juin 2010

Allo? Allo!

Quand j'étais jeune et innocent - ou disons plutôt naïf et franchement crétin, j'avais quand même assez de lucidité pour réaliser que les meetings servent rarement à quelque chose. Heureusement pour moi, il reste toujours un peu de marge pour apprendre: c'est ainsi que j'ai découvert que si l'on veut vraiment pourrir la journée de quelqu'un, il suffit de le convoquer pour une conférence téléphonique. Meeting + haut-parleur qui grésille = mort.

Bon, j'ai déjà assisté à plein de ces appels, mais j'étais de fait toujours du côté de l'organisateur, ou en tout cas dans la même pièce que celui avec le plus gros salaire: en face de moi l'action, au bout du fil les masses prolétariennes censées extraire leur ordre de marche des conversations se déroulant sous mes yeux.

Me voici désormais du côté des masses prolétariennes, avec au bout du fil le QG bien-aimé et son équipage au complet (Christine Boutin, le Caniche, Willy, et plusieurs autres), et quelques autres répartis eux aussi sur le globe. Première intervention par un gars qui, lui, est carrément sur le point de prendre l'avion. C'est rigolo, parce que si dans les aéroports on a toujours l'impression que les annonces sont hachées et incompréhensibles, là je peux vous dire qu'on recevait la notice d'embarquement cinq sur cinq. Ce que le mec a dit, par contre, aucune idée.

Puis viennent d'autres interventions tout aussi inutiles - un mélange de borborygmes et d'ellipses qui te font comprendre que la présentatrice n'a rien branlé, mais qu'elle tâchera de moins bosser avec encore plus de panache la semaine prochaine sur un sujet dont de toute façon tout le monde se fout. Puis vient finalement le moment important: décider des conditions de notre sortie de team-building. Où qu'on devrait s'éclater la panse aux frais de la Princesse, les amis? Parce qu'il faut s'amuser autant que réfléchir, nous dit-on, hein, c'est important.

Un clone de Steve Buscemi nous entretient d'abord d'une supernouvellegéniale méthode de brainstorming qu'il a essayée la semaine dernière au Caire. "Takes the storm away from the brain". Putain respect pour la formule, Steve, on est tous avec toi. Puis vient la discussion -la seule qui compte- du lieu: il nous avait été demandé de proposer une destination - pourquoi pas le Cap Vert, avais-je dit? On peut plonger, surfer, il fait beau, c'est accessible pour Deng Xiaoping qui ne peut pas trop voyager. Et, de fait, j'étais le seul à avoir apparemment répondu à l'appel à propositions formulé la dernière fois. C'était trop beau, c'était tout cuit.

Et évidemment, c'était trop beau (et pas cuit du tout). Steve Buscemi commence d'emblée à demander s'il y a des aéroports accessibles (non Steve, le Cap-Vert est perdu dans l'Atlantique, on se ravitaille encore en pirogue); et le Caniche d'embrayer tout de suite en disant qu'elle a une meilleure idée, qu'en fait ce serait bien si on pouvait tous se retrouver au QG. Je n'ai pas souvenir que la proposition ait été soumise au vote, mais voilà, on va tous se taper un jour de brainstorming dans le vaisseau-mère (et donc une journée de vol aller, une au retour, c'est Deng et son dos en purée qui va être content) plutôt que trois jours à Sal ou Praia. Adieu veau, vache, cochon, surf. Bonjour vaseline.

Elle n'aurait pas simplement pu dire qu'elle n'avait pas le budget, cette conne, plutôt que de nous prendre pour des abrutis?

lundi 14 juin 2010

La citation du jour

La citation du jour, la première en fait, vient d'une sympathique membre de notre bienveillant service administratif:

"6 mois? Personne ne nous avait dit que vous restiez si longtemps!"
Je signalais juste poliment que, n'ayant pas d'hotel pour demain, ce ne serait pas plus mal si je me mettais directement à chercher un appartement.

Bon. C'est pas gagné.

Mamadou-le-chauffeur est venu me prendre à l'hotel ce matin. Nuit moyenne, je me suis fait bouffer par les moustiques. Je croise 20 nouvelles têtes en une heure, je n'essaie même pas de me souvenir de leurs noms: je me concentre sur ceux qui peuvent me sortir de ce merdier (HR), et qui comme par hasard ne sont pas là ce matin. Petits chocolats pour Miss Wong, la secrétaire: 15 minutes plus tard, elle me trouve une chambre dans un des hotels supposémment complets - et pour 30% moins cher! (note pour plus tard: faire provision de chocolats)

Je me renseigne sur les arcanes administratives du lieu: le pouvoir est aux ressources humaines, mais ils sont visiblement tous les quatre encore en week-end. Ou ils se cachent. En attendant, pas d'agence de relocation (HR détermine le budget qui m'est alloué), pas de téléphone (HR détermine ma localisation dans le système et donc la zone téléphonique correspondante), pas d'accès à mes fichiers (le service informatique a besoin d'être activé par HR).

Du coup, faute d'options je fais la seule chose raisonnable dans ce genre de situation: je consulte la liste des spots de surf de Dakar pour savoir où mon appartement (ma maison?) se situera en priorité:







M'est avis que je vais aller voir entre Ngor et Yoff.

dimanche 13 juin 2010

Départ

Cette fois c'est la bonne - je suis dans l'avion, sans date de retour officielle.

Les valises ont été remplies en 1h chrono ce matin - pour la première fois de ma vie, je voyagerai sans sac à dos. Avec le vol en business, ça commence à faire beaucoup d'indices qui pointent vers l'embourgeoisement chronique. Dernier repas avec les parents,  petite larme de Môman, et zou c'est parti. Pour la première fois depuis que ce bordel a été mis en branle, je suis en fait assez excité par l'anticipation de l'aventure.

Coucher de soleil en arrivant sur Dakar - c'est beau. Moiteur étouffante en sortant de l'avion - c'est chaud. Premiers moustiques - c'est, euh, urtiquant.

Bon, demain boulot.

vendredi 11 juin 2010

Acte manqué

Je pensais quitter le bureau ce midi et me voici de retour à 19h, un vendredi, à passer des appels tout en consultant mes mails: j'ai oublié de réserver un hotel, et je n'ai pas confirmé mon vol. Le premier psychologue de comptoir parlera d'acte manqué, mais je ne suis pas psychologue.

Evidemment, c'est dans ce genre de situations que tous les hotels s'annoncent complets. J'ai donc un vol, un hotel pour mon arrivée (s'ils ont compris mon nom au milieu des coupures et grésillements) - et rien à partir de mardi soir.

Je me réjouis d'être le premier blanc SDF de Dakar.

mercredi 9 juin 2010

On s'appelle demain

"Bon, rien n'a bougé, mais je suis sur le coup, on s'appelle demain."

Ca fait 4 jours d'affilée que Deng Xiaoping m'appelle tous les jours pour me tenir au courant du statut de mon contrat. Les jours changent, mais rien ne bouge ni n'apparaît. En tout cas c'est officiel, je décolle dimanche.

Bon, ben mes 5000€ de frais me seront directement remboursés à l'arrivée, on dirait.

vendredi 4 juin 2010

Gueule de bois

La conférence globale du département - 160 pingouins d'une centaine de pays qui viennent comparer et partager leurs expériences - vient de s'achever. Je n'ai rien foutu, mais je suis mort.

J'ai picolé comme un trou tous les soirs, et tout le monde se regardait chaque matin en essayant de deviner qui a couché avec qui (moi je sais ^_^). Les présentations étaient chiantes pour 90% d'entre elles (partager un savoir, c'est décidément un talent).

Et apparemment je passe pour un rebelle parce que j'ai refusé d'aller finir la dernière soirée dans une boîte pour gosses de riches que les organisateurs nous avaient réservée (ce qui est inexact, étant resté tant que l'open bar était ouvert). Certes, il faudrait que je fasse un peu gaffe, et savoir prétendre la grosse colique plutôt que d'annoncer franco que je vais dans un endroit moins puant ne serait pas une mauvaise stratégie de survie.

Mais dans l'ensemble, je me suis bien amusé.

lundi 31 mai 2010

Dilbert

L'une de mes ex-chefs, avant de claquer la porte, m'avait offert ce tapis de souris customisé avec une citation de Dilbert (je cite de mémoire):

"Un employé lambda ne peut faire qu'une seule chose à la fois:
  1. travailler; ou
  2. des présentations powerpoint sur la quantité de travail qu'il faudrait accomplir."
Le Caniche a convoqué tout le monde samedi après-midi (13h-17h) et dimanche (14-21h) pour préparer la présentation de ce lundi. Une des deux grosses légumes prévues ne s'est pas pointées et, comme le projet n'a pas vraiment encore démarré, on n'avait pas grand-chose à dire.

Mais c'était une belle présentation.

Touche pas au grisbi

"Il me semble que c'est au Caniche d'approuver désormais des frais pendant ta mission. De ce que j'en comprends, les dépenses générées pendant celle-ci sont couvertes par le budget régional."
Mon supérieur vient donc de refuser le remboursement de mes frais à Dakar et Saint Pétersbourg. Près de 5000€ d'avions, hotels et nourriture qui restent donc, en l'état, de ma poche.

Pas de problème, il suffit de contacter les RH pour qu'ils changent le nom de la personne habilitée: ce n'est pas un retard d'une semaine qui va me faire paniquer, le débit différé n'a lieu que dans un mois. Mais j'ai quand même intérêt à me magner.

vendredi 28 mai 2010

Rush hour


Arrivés trois heures en avance à l'aéroport de Saint-Petersbourg, je n'étais pas entièrement convaincu que cela fut suffisant pour passer les quatre contrôles de sécurité. La queue s'étend jusque dehors (heureusement qu'on n'est pas venus en janvier!), et au moment où la photo est prise ça fait 30 minutes qu'on attend et on n'a toujours pas passé le premier portail électronique.

Une des nombreuses raisons pour lesquelles j'apprécie assez peu les Russes tient dans ce plaisir pervers à soumettre les gens à des contraintes bureaucratiques inefficaces et souvent redondantes.

jeudi 27 mai 2010

Willy le Huileux

Trois jours que nous sommes à St Petersburg, à manger et bosser. Surtout bosser en fait, vu que la boustifaille (très bonne d'ailleurs) ne concerne que deux heures en fin de journée. Le reste du temps, soit 8h30-18h30, puis 22h-1h30 est passé à présenter, écouter les présentations des autres, et préparer le premier compte-rendu pour les Instances Supérieures.

Nos collègues russes ne sont pas chiens et ont quand même prévu une excursion de 45 minutes hier soir en car avec guide pour admirer la ville. J'ai vu plus avec le taxi qui m'emmenait de l'aéroport, mais bon c'est toujours sympa, tout comme le coucher de soleil à minuit.

Dernier soir, nous sommes cinq à faire l'impasse sur le dernier gueuleton et préparons cartes et stratégies sous la houlette du Caniche. Si je m'étais tenu debout dans la salle à brasser de l'air j'aurais plus eu l'impression de faire quelque chose d'utile, mais soit. A 21h30 on se dit quand même qu'on pourrait manger ou boire un verre pour fêter la fin de la semaine. Ahhh. Coup de bol, j'avais repéré une chouette microbrasserie à deux pas de la Cathédrale de Kazan, elle même à deux pas de notre hotel: étant le seul à baragouiner le communiste, nous voici donc parti. Nous, c'est votre serviteur, le Caniche, Billy Bob l'Américain, Osman le Turc, et Willy le Libanais. Ou plutôt Willy le Huileux: jamais un cheveux qui dépasse, la moumoute toujours gominée à la perfection. Sympa, mais si j'ai besoin de lui demander l'heure je crois que j'irai quand même vérifier ailleurs, à tout hasard.

Arrivée au Tinkoff - une ancienne usine reconvertie en brasserie, décor post-industriel sympa. On n'a pas fait cinq pas que je me dit que j'aime. On n'a pas fait cinq pas que Willy nous assène "il y a une odeur". Quelle odeur? Il ne sait pas. Mais il n'aime pas. Trouvons un autre endroit. Le Caniche, avec son leadership naturel, indique qu'il serait bon, en tant qu'équipe, de trouver un endroit qui plaise à tout le monde. Au revoir le Tinkoff - bonjour le pub anglais juste à côté.

Au menu: burgers et frites, pop anglaise des années 80 en fond sonore. Bonjour l'ambiance locale. Merci Willy.

samedi 22 mai 2010

Premier de la classe

Je m'endors avec le blues, le blues me réveille à 5h du matin. Du coup j'appelle pour souhaiter un bon anniversaire à mon paternel, et ça va un peu mieux.

Et boulot, boulot, boulot à nouveau. Ou plutôt process, process, process comme hier. Deng adore vraiment ce mot, je me demande si c'est un tic. La journée se finit que je dois foncer à l'aéroport prendre mon vol du retour. Et là coup de bol, je retrouve une Polonaise croisée plus tôt dans la journée au bureau: elle bosse aux ressources humaines ET elle est mignonne. Sachant que je n'ai toujours aucune nouvelle de mon contrat et de mes conditions de relocation, je me concentre sur l'option 1.

Bon, première nouvelle, qui n'en est plus vraiment une: en Afrique, une heure dure deux heures. Il ne faut pas être pressé. Ok merci, ça m'aide à fond. Mais encore? Elle m'enverra un mail explicatif à son arrivée, si elle arrive. Et à elle de m'expliquer son mauvais passif avec Air France, qui la dernière fois a mis 3 jours pour la ramener à bon port: avion cassé (une nuit sur le tarmac), deuxième avion pas vaillant (décollage prévu le lendemain mais 4h d'attente aussi sur le tarmac), et connexions ratées à Charles-de-Gaulle. Bad karma.

Embarquement. Fauteuil qui ne marche pas, steward affairé: "Je suis désolé, ils n'ont pas pu le réparer à l'escale, je vous le mettrai manuellement en position allongée après le dîner, pour que vous puissiez dormir." Euh, ok, bon, visiblement le mauvais karma est contagieux. Cinq minutes plus tard, retour du stewart "la classe affaire étant complète, le capitaine a décidé de vous placer directement en First."

Jackpot!

Pour les 99.9% de la population qui se partagent 50% des richesses mondiales, sachez que le principal objectif de la First Class est de faire sentir aux gens vraiment riches qu'ils valent mieux que tous ces businessmen qui doivent encore bosser pour vivre. La First, coco, te fait sentir comme un prince. Quatre pingouins pour servir 8 places. Sauternes 1996 pour accompagner mon foie gras. Et quelqu'un POUR ME FAIRE MON LIT ET ME BORDER quand je veux me coucher. Si la Superfirst existe un jour, le seul truc qu'ils pourront rajouter à mon avis sera d'avoir une des hôtesses (ou steward) pour me tenir chaud. Parce que le jus d'orange pressé au réveil, on l'a déjà. Good karma.

jeudi 20 mai 2010

Spleen

Boulot, boulot, boulot. Ou plutôt process, process, process, qui semble être le mot-clé pour Deng Xiaoping: il a du l'utiliser 20 fois sur la journée, sans être foutu de rester concentré plus de 10 minutes sur le même sujet. Bon, il a une excuse, les mauvaises nouvelles semblant arriver avec une régularité de métronome: contrôle bidon des douanes qui se solde par une menace d'amende monstre ("l'État à besoin d'argent" me dit un Oncle Ben's philosophe), coup de pute d'un concurrent qu'on apprend dans le journal, et je ne sais quoi.

Du coup on finit tard, et je rentre crevé à l'hotel: je décide de me faire plaisir en mangeant au restau du coin, apparemment un des endroits chics de la ville. Las! Le mérou c'est plein d'arêtes, le chanteur massacre Joe Dassin à 3m de mes oreilles, et je suis assis quasiment en face d'un expat qui, la cinquantaine bien sonnée, dîne en companie de sa copine de 25 ans et, euh, sa soeur. Il a sûrement la belle vie, on ne peut pas le blâmer de faire jouer de la loi du marché, mais là j'ai envie de gerber mon mérou.

Retour à l'hôtel, il est dix heures. Je réalise que j'ai oublié d'appeler mon père pour lui souhaiter ses 70 ans, et avec le décalage horaire il est trop tard pour le faire. Il s'en fout probablement, comme je me fous de fêter le mien, mais ça me travaille quand même.

Quelle journée de merde.

L'Equipe

Premier jour de boulot, rencontre avec l'équipe. Il y a Bouledogue, le manager général, visiblement traumatisé par son expérience africaine et déjà, à 8h30 le matin, au bord de la rupture d'anévrisme. Il me gratifie d'emblée de la citation du jour: "Je refuse d'abandonner, et s'il faut demander 800 fois avant d'obtenir que les gens fassent quelque chose, je demanderai 800 fois." Si au bout de 6 mois il est dans cet état, je me demande s'il lui restera des cheveux à la fin de l'année.

Pour ce qui est de mon équipe à proprement parler, on dirait que j'ai de la chance: d'abord Deng Xiaoping, que j'étais censé remplacer et qui finalement va rester là à temps partiel, sans pouvoir voyager (pour cause de cervicales en poussière): monstre culture générale, flegmatique, semble dire ce qu'il pense. Oncle Ben's, jeune et sympa, formé à la Sorbonne, encore plus cultivé que son chef; et Gloria Gaynor, qui pour sa part semble conjuguer le QI d'un citron à la rapidité d'action d'une éponge morte. Bon, toutes les équipes ont leur maillon faible, hein.

mercredi 19 mai 2010

Bizness is bizness

Ah, y'a pas à dire, mais quand on est fils de prolos comme moi - et fier de l'être-, la business class c'est quand même assez jouissif. Quand 3 jours avant on était encore à s'entasser dans la classe éco d'un Iliouchine pourri au-dessus de l'Asie, c'est encore mieux.

Or doncques, j'ai décidé que j'aime Air France. Bonne bouffe, picole à volonté, hôtesses qu'au premier abord on dirait passées de fraîcheur mais qui, de fait, on toutes un petit quelque chose à la Catherine Deneuve en elles. Et ah, oui, j'ai toute une rangée de fauteuils pour moi (il faut croire que le mercredi est un jour creux), et donc une Catherine Deneuve pour moi tout seul. Le luxe.

Vol sans encombres, films sans relief. Arrivée à Dakar en début de soirée. Première suprise: les maisons vont jusqu'au pied des pistes. Deuxième surprise: aucun goudron, nulle part (à part sur la piste). J'ai pourtant vu un paquet de pays pourris dans ma courte vie, mais je sens que celui-là va rapidement se placer dans le peloton de tête.

On m'attend à l'atterrissage, avec le petit panneau "M.de Galaup" qui va bien. Les douanes? Ah! C'est pour les pauvres! Mon guide me fait passer sur le côté d'un des postes de contrôle, tend négligemment mon passeport au douanier, qui tamponne dans la seconde. De l'autre côté de sa vitre, les touristes patientent patiemment.

Mon guide s'avère n'être qu'un facilitateur pour, justement, ces formalités administratives. Mon chauffeur m'attend à la sortie de l'aéroport:

-"Monsieur de Galaup?
- Lui même! Vous êtes mon chauffeur?
- Oui monsieur. Je m'appelle Mamadou."

Putain, sans blague. Le premier Africain avec qui je parle s'appelle Mamadou.

Ok.

lundi 17 mai 2010

Home sweet home

Je reviens de vacances. Home sweet home! Et mon blackberry qui clignote de bonheur: 89 emails en attente!

Un seul vraiment intéressant, de la part du Caniche:
"J'espère que tes vacances se passent bien. Ici, tout se déroule comme prévu avec ta mission. Le manager local est content que tu viennes donner un coup de main.

La seule chose est qu'il a suggéré que tu descendes les voir pour un ou deux jours dès ton retour. Je pense que c'est une bonne idée."

Je pense aussi que c'est une bonne idée: j'adore voler en classe affaires.